Et si l’école classique n’était pas faite pour apprendre ?
Depuis plus d’un siècle, certaines écoles expérimentent une idée radicale : la liberté de l’enfant n’est pas un obstacle à l’apprentissage, elle en est la condition.
De Summerhill à Sudbury : l’histoire d’une révolution silencieuse

Tout commence en 1921 avec A.S. Neill, fondateur de Summerhill en Angleterre. Pour lui, « la liberté ne signifie pas l’absence de règles, mais la possibilité pour chaque enfant de vivre sa propre vie ».
Dans cette école, les élèves décident eux-mêmes de leur emploi du temps. Les cours sont facultatifs, les règles sont votées en assemblée générale où chaque enfant a une voix, au même titre que les adultes.
Summerhill, malgré les critiques, existe toujours un siècle plus tard.
Les inspections officielles britanniques y reconnaissent « un développement moral et social exceptionnel » des élèves.
En 1968, aux États-Unis, Daniel et Hanna Greenberg, professeurs à l’université Columbia, fondent la Sudbury Valley School dans le Massachusetts. Ils vont plus loin : plus de programme, plus de cours imposés. Les enfants, de 4 à 19 ans, y disposent d’une liberté totale d’action, à condition de respecter les règles votées collectivement.
Greenberg écrit :
« Nous voulions que chacun soit responsable de lui-même. Que personne ne pense à sa place, ni ne le protège des conséquences de ses actes. » (Daniel Greenberg, L’École de la liberté, 1968)
L’école est autogérée par une Conseil d’école où chaque élève et chaque adulte dispose d’une voix. Les litiges sont tranchés par un Conseil de justice composé majoritairement d’enfants.
Une autre vision de l’apprentissage
À Sudbury comme à Summerhill, on part d’une conviction profonde : l’enfant est naturellement curieux et compétent pour orienter ses apprentissages.
Greenberg s’inspire d’Aristote : « Tous les hommes désirent naturellement savoir. »
Aucun programme ne vient dicter ce qui doit être appris : les élèves apprennent à lire, compter ou écrire quand ils en ressentent le besoin. Daniel Greenberg raconte comment un groupe d’enfants a appris tout le programme d’arithmétique en vingt heures de cours… simplement parce qu’ils l’avaient choisi et désiré.
Cette approche rejoint les observations de Peter Gray, psychologue évolutionniste et auteur de Libre pour apprendre : pour lui, l’éducation n’est pas quelque chose que l’on fait aux enfants. C’est quelque chose qu’ils font pour eux-mêmes, avec notre soutien.
Il montre que les enfants livrés à la liberté de jeu et de décision développent naturellement les compétences nécessaires pour vivre en société : coopération, autonomie, esprit critique.
Un héritage vivant
Et les résultats ?
Les anciens élèves de Sudbury étudiés dans The Pursuit of Happiness (Greenberg, Sadofsky & Lempka, 2005) décrivent des parcours variés, créatifs, souvent entrepreneuriaux. Tous témoignent d’un fort sentiment de responsabilité et d’une grande capacité d’adaptation. Beaucoup poursuivent des études supérieures, d’autres inventent leur propre voie. Ce que ces écoles cultivent, plus que des savoirs, c’est une confiance en soi et dans les autres.
Aujourd’hui, plus d’une centaine d’écoles dans le monde s’inspirent de ce modèle : des lieux où la liberté et la responsabilité se vivent au quotidien.
Elles nous rappellent qu’éduquer, ce n’est pas remplir un vase, mais préparer l’environnement propice à la croissance harmonieuse de l’enfant, qui, tel une graine vouée à devenir arbre, suit son propre plan de développement.
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