C’est pas la faute aux parents !

Foutre la paix, ok, mais dans la vraie vie on fait comment ?

Si tu as lu Foutre la paix aux enfants, il y a de grandes chances que tu aies acquiescé. Peut-être intérieurement, peut-être franchement, peut-être avec ce mélange de soulagement et de gêne qu’on ressent quand quelqu’un met des mots sur ce qu’on pressent déjà.
Et puis, très vite, une autre pensée a pu surgir : « D’accord… mais dans la vraie vie, on fait comment ? »

C’est souvent là que la culpabilité s’invite.
Parce que tu aimerais foutre la paix, vraiment, mais que tu n’y arrives pas toujours.
Parce que tu regardes l’heure, parce que tu rappelles qu’il y a des devoirs, parce que tu dis “dépêche-toi” alors que tu t’étais promis juré de ne plus jamais le dire — exactement comme dans “un jour sans fin” (t’sais, le film avec le jour de la marmotte).

A woman holding a baby up to her face

Alors remettons les choses à leur place, une bonne fois pour toutes.

Le problème, c’est le système

Non, le problème, ce n’est pas toi.
Non, ce n’est pas ton manque de patience, de lectures ou de bonne volonté.
Le problème, c’est le cadre dans lequel nous élevons et scolarisons les enfants.

La plupart des parents que je rencontre veulent bien faire. Pas “bien faire” au sens performatif du terme, mais sincèrement. Ils lisent, ils doutent, ils s’interrogent, ils parlent d’émotions, d’écoute, de respect. Ils essaient. Souvent même il n’y a rien de plus important pour eux. Et pourtant, dans le quotidien, ils pressent leurs enfants le matin ; ils négocient le coucher comme un sommet diplomatique ; ils surveillent les notes “sans vouloir mettre la pression, hein, mais quand même…”. Je suis moi-même aussi parfois ce parent-là.

Pourquoi ?
Parce que le système n’a pas été pensé pour foutre la paix aux enfants. Il a été pensé pour les faire entrer dans des cases, à des horaires fixes, selon des normes prédéfinies, indépendamment de qui ils sont.

Prenons un exemple très banal : Le matin.
Ton enfant traîne. Il joue. Il rêve. Il observe un rayon de soleil sur le mur — activité hautement suspecte, on en conviendra.
Toi, tu regardes l’heure. Encore.
Tu sais que l’école commence à 8h30, que le portail ferme, qu’il y aura un mot, que tu seras en retard au travail, et que, accessoirement, la société entière repose sur le fait que tout le monde soit à l’heure, même quand ça n’a aucun sens biologique.
Résultat : tu ne fous pas la paix. Non pas parce que tu es autoritaire, mais parce que le système est rigide.

Autre exemple, encore plus fréquent : « Il faut bien qu’il apprenne. »
Phrase magique. Totem sacré.
« Je ne suis pas d’accord avec les notes, mais bon, il faut bien qu’il apprenne. »
« Je ne suis pas fan des devoirs, mais bon, il faut bien qu’il apprenne. »
« Je ne veux pas lui mettre la pression, mais bon. »
Apprendre quoi, exactement ? À quel prix ? Et dans quel état intérieur ?
Parce que si “apprendre” signifie se couper de ses besoins, ignorer ses signaux internes, obéir même quand ça n’a pas de sens, associer effort et souffrance, alors oui : il apprend. Mais pas forcément ce que tu crois.

Notre système éducatif est violent… et contre-nature !

Le cœur du problème est là : une violence banalisée, devenue normale.
Le système scolaire repose sur des postulats rarement questionnés — séparation par âge, programmes identiques, rythmes imposés, évaluations permanentes, obligation de prouver qu’on apprend. Tout cela est devenu tellement banal qu’on n’y voit plus de violence.
Et pourtant, applique un instant ce cadre aux adultes : horaires imposés, sujets imposés, évaluations constantes, comparaisons publiques, sanctions symboliques. On appellerait ça du management toxique (pour voir comment c’est super instructif, ce genre de comparaison, je vous recommande chaudement le blog de Fanny Vella et son super bouquin illustré en 2 tomes « Et si on changeait d’angle« ).
Chez les enfants, on appelle ça l’école. Et franchement, c’est contre-nature.

Et les enseignants, dans tout ça ? Ils trinquent aussi. Massivement.
La majorité des profs ne se lève pas le matin avec l’envie de briser des enfants. Ils bricolent, ils compensent, ils contournent, ils rassurent ; mais eux aussi sont évalués, inspectés, pressés par les programmes, sommés de “tenir la classe”, coincés entre leurs valeurs et les injonctions institutionnelles.
Résultat : même les adultes bien intentionnés finissent par faire des choses qu’ils réprouvent. Pas par malveillance ; par épuisement.

C’est pour ça que dire aux parents “fais un effort”, “sois plus patient”, “gère mieux tes émotions”, sans changer le cadre, revient à dire à quelqu’un qui se noie : “Respire calmement.” Peut-être utile. Mais très certainement insuffisant.

La vraie question n’est donc pas : « Comment mieux faire dans ce système ? »
La vraie question est : pourquoi acceptons-nous un système qui rend la paix si difficile ?
Pourquoi est-il normal que des enfants passent leurs journées assis, coupés de leurs élans, sommés de produire des preuves d’apprentissage, pendant que les adultes autour d’eux vivent sous tension permanente ?
Pourquoi trouvons-nous cela acceptable ?

Une autre éducation est possible

Dire “foutre la paix aux enfants”, ce n’est pas un slogan sympa, pseudo « Montessori », pour parents un peu perchés. C’est une critique radicale de notre organisation sociale. Cela ne signifie pas abandonner les enfants ; cela signifie changer le cadre.
Car oui, d’autres manières de faire existent. Elles existent déjà. Des écoles sans notes, des enfants libres de leurs apprentissages, des communautés éducatives fondées sur la confiance, des parcours non linéaires, des adultes qui ne passent pas leur temps à contrôler.
On en parlera.
Mais une chose est sûre : tant que l’on ne touche pas au système, on continuera à demander aux individus de réparer ce qui est structurellement abîmé. Et ce n’est ni juste, ni efficace.

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